Nombre total de pages vues

Medellin, ou comment revit l'ex-métropole des narcos

Le jour se lève sur la traversée de la Cordillera Central. Végétation toujours tropicale, beaucoup de culture de café, de canne à sucre. Un peu en retard du fait de travaux liés à des effondrements récents provoqués par des pluies sans doute diluviennes, dont nous avons heureusement pas été témoins, le bus de ligne Coomotor nous dépose samedi vers 10h30 à la gare routière de Medellin. Non sans que nous ayons pu admirer l'exceptionnelle implantation de cette métropole de 5 millions d'habitants, la seconde ville de Colombie, insérée dans une profonde vallée de la cordillère.

Deux mini-taxis nous emmènent à l'hôtel, genre de pension de famille où nous serons logés en même temps qu'une équipe de football de benjamins, 8 - 10 ans probablement, avec leurs deux accompagnateurs. Charmants, certains mais plus bruyants qu'un bus de rappeurs! Cathy vient à notre rencontre. C'est une amie de Margaux, qui vient de monter une agence de tourisme dont l'objectif est de populariser Medellin auprès des touristes étrangers, français en premiers, bien sur.

Catherine nous présente rapidement le -- riche -- programme de nos deux journées à Medellin et nous partons prendre le métro puis le télécabine (constructeur Pomagalski, longueur: 4 000 mètres) qui monte depuis le quartier de San Javier jusqu'à La Aurora, en survolant les barrios de Jean XXIII, de La Quiebra, d'El Moro et de Santa Margarita. Des barrios, habitats précaires de ces villes d'Amérique Latine, construits ici en briques, dotés de toits en général en tôle ondulée, les cubes se superposant aux cubes dans un incroyable quoiqu'esthétique désordre! Nous empruntons ensuite le bus pour atteindre la Comuna 13, que Cathy souhaite nous faire découvrir. C'est là que les 16 et 17 Octobre 2002, l'Opération Orion déclenchée par l'armée (avec un millier de soldats, des véhicules blindés et des hélicoptères) pour "nettoyer" et "pacifier" le quartier de la Comuna 13 fit plus de 40 morts et 500 disparus parmi les gangs mais aussi parmi les habitants du quartier. Depuis plusieurs années, sous l'impulsion de multiples ONG et, plus récemment, des autorités locales, la Comuna 13 est devenu un lieu foisonnant d'activités de développement social. Des aménagements facilitant les trajets Communs 13 de ou vers la ville ont été bâtis (dont une spectaculaire série d'excalators). Plusieurs graffeurs locaux ou venus d'ailleurs ont peint de nombreux murs de briques et de béton. Et le hip-hop a investi les rues.

Cathy nous a organisé un déjeuner chez Estella et Juan, un couple de retraités qui habite une maison que Juan a construit de ses mains avec l'aide de ses frères. Ils nous parlerons de leur vie (veuve de son premier mari qui lui a donné 3 enfants, Estella a rencontré Juan il y a plus de 30 ans; ils ont eu ensemble 2 enfants, dont une petite trisomique qui nous a prodigué des leçons de tendresse, et ils se sont mariés ... il y a 3 ans! Ils nous expliquent d'ailleurs qu'en Colombie, les relations avant mariage sont ... recommandées!) et de leur implication dans la vie de leur communauté: Joddie est très active dans l'Association des Femmes du quartier, qui joue un rôle clé dans l'accompagnement social des mères et de leurs enfants.

Nous nous diviserons en fin de visite de la Comuna 13 et la majorité du groupe se rendra au Centre Ville pour voir les 23 statues de Fernando Botero disposées dans le parc qui porte son nom.

Le soir, nouvelle rencontre avec un couple colombien: Juan Camilio Berrio  ingénieur de formation, est prof de français, après avoir enseigné l'espagnol à St-Malo puis Rennes pendant une dizaine d'années, est de retour à Medellin; son épouse, Joddie Gonzalez, et lui ont décidé de proposer une table d'hôte dans leur appartement en terrasse; l'ajiaco, soupe traditionnelle aux pommes de terre et aux câpres cuisinée par la mère et la cousine récolta un 10/10 unanime; mais avant de passer à table, nous eûmes droit, sur la terrasse, à un cours de salsa proposé par un réfugié vénézuélien. Uno dos très cinquo seis siete, uno dos très cinquo seis siete, uno dos très cinquo seis siete ...

Notre bus nous dépose à la gare routière de Medellin

La société grenobloise Pomagalski ...

 ... nous fait survoler les barrios de Medellin ...

... sous la houlette de notre guide, la charmante Cathy

Nous sommes accueillis par Estella et Juan ...

... pour un déjeuner typique 

Le balcon de la Comuna 13, repaire des narcos et des maras "nettoyé en 2002 lors de l'opération Orion

Les graveurs s'en sont donné à coeur joie!

Mon ami Juanito

Rencontre avec la responsable d'une association de femmes du quartier

Nous descendons sur la Place Botero pour admirer les sculptures du grand artiste medellinois


Mujer con fruta


Hombre caminante (!?!)


Esfinge (le Sphinx, bien sûr! 20 autres statues sont exposées sur la place)


Ciel d'orage sur Medellin, le soir


Dîner chez Juan Camilio et Joddie ...


... et cours de salsa par un réfugié vénézuélien pour terminer

San Agustin, le paradis terrestre ?

Il est 9h30, nous n’avons qu’1/2 heure de retard sur l’horaire. La pluie a cessé. Transfert dans un 4 x 4 des plus inconfortables et direction l’hôtel Masaya (oui, Margaux connait bien les français qui ont monté cette mini-chaîne d’hôtels très adaptés au routard et au voyageur Cevied). Quelques kms de route asphaltée et nous obliquons à droite sur une piste en terre. Pas inutile, le 4 x 4! Et voila que se profile à l’horizon des cases recouvertes de chaume, bref le village bantou au bord du précipice. L’hôtel Masaya! Très vite, Benjamin, notre hôte à l’accent indéfinissable, et pour cause, il est breton, nous explique que l’architecture en armature bambou et toits en rafles de canne à sucre est dérivée des habitudes ancestrales locales.

Petite toilette réparatrice dans nos « cases » respectives, posées au bord du canyon. 300 m en contrebas, mugissent les rapides du rio Magdalena. Puis ce sont Lorena, le sourire de Romy Schneider, et Nathalie (!!!) qui nous servent un petit déjeuner trois étoiles, huevos revueltos accommodés à la demande, fruits du verger (dont des papayes qui laissent l’auteur sans voix). Merci Margaux, pour cette trouvaille extraordinaire, cet hôtel susceptible de combler tout voyageur du Cevied qui se respecte.

A 11 heures, Horacio, notre guide - sherpa, nous emmène en rando. Objectif: le site archéologique pré-colombien, de l’autre côté de la vallée. Le sentier est étroit et un peu boueux des pluies de la nuit, et les bambous qu’Horacio nous taille avec sa machette se révèlent fort utiles! Mais le paysage est époustouflant, la végétation bordant nos pas luxuriante, ... et le soleil est revenu. 300 m plus bas, le passage du pont de bois en piteux état qui franchit les rapides du Rio Magdalena sera l’occasion d’une scène koh-lantesque! Un tablier incliné à 15-20°. Tiens bon la balustrade, Rodolphe! De l’autre côté de la rivière, des cascades d’une eau presque tiède sourdent des pentes quasi-verticales du canyon. La montée vers le plateau opposé sera un peu difficile, Marie-Thérèse se distinguant en prenant un petit malaise à mi-pente. Encore 1 heure de marche jusqu’au site, lorsque nous rejoignons la piste. Il se fait un peu tard et la fatigue gagne. Bref conciliabule entre les organisatrices et Horacio. Margaux appelle le minibus, qui nous conduira un peu plus rapidement que nos jambes flageolantes au Alto de los Idolos.

Sur le sommet d’une colline, un espace sur lequel une bonne vingtaine de tombes furent découvertes en 1913, par un archéologue allemand, Rudi Preuss. Un peu indélicat, Monsieur Preuss, qui rapatria en Allemagne tous les objets collectés pendant les fouilles, à l'exception de quelques statues, dont deux crocodiles (alors qu’il n’y en a pas dans la région) d’un style indéfinissable. Horacio, guide patenté, nous explique que l’on sait très peu de choses sur cette civilisation qui a prospéré entre l’an 1000 avant notre ère et l'an 1000 après JC, avant de disparaître de manière totalement inexpliquée en laissant ces quelques sites disséminés autour de San Agustin. Longtemps avant que les conquistadors n’investissent la Colombie.

Avant de rentrer à l’hôtel, nous nous arrêterons au bord du plateau pour admirer une vertigineuse cascade qui se précipite d’un bon 200 m de dénivelé dans le défilé de la Magdalena. El Salto Mortino. Les nouveaux propriétaires du lieu nous gratifieront d’un délicieux jus de canne concocté dans le broyeur - maison.

Le lendemain, ce sera la rencontre avec un planteur de café, Luis Alejandro Ortega très motivé par le développement durable, qui en deux heures fera de nous de véritables experts de l'arabica et de ses variétés, le bourbon, le caturra (la plus abondante) ou le geisha (la plus parfumée, aux dires de notre cicerone).

Et à trois heures de l'après-midi, nous prenons le bus de ligne pour Medellin. 810 km le long de la vallée du Rio Magdalena. Medellin que nous atteindrons le lendemain vers 9h du matin, après avoir franchi la Cordillera Central.


Escale au petit matin à Neiva

L'arrivée à San Agustin

Transfert en 4 x 4 à l'hotel Masaya

Nos "cases"

La réception - restaurant - salle de spectacle


La construction fait largement appel au bambou

Le vertigineux canyon du Rio Magdalena sous notre balcon

La descente vers le Rio Magdalena

Un superbe papillon

Geneviève franchit le -- précaire -- pont de bois

Le cours impétueux du Rio Magdalena

L'une des nombreuses cascades rencontrées lors de la montée


Une minuscule chapelle

Le franchissement d'un petit torrent

Boisson rafraîchissante proposée par Horacio

Dans la montée, Marie-Thérèse est à la peine

Et soudain, c'est le malaise vagal!


Horacio nous emmène au parc archéologique pré-colombien d'El Alto de Los Idolos ...

... dont les tombes rappellent l'art olmèque mexicain

D'étonnantes chenilles (pourtant non processionnaires)


Nous nous arrêtons près d'une vertigineuse cascade ...


... où l'on nous sert du jus de canne à sucre


Plantation de lulos, fruit exotique très prisé en Colombie


Le soir, nous apprécierons un excellent dîner au Masaya


Nous nous rendons chez Luis Alejandro Ortega, cafetero, qui nous expliquera tout de la culture du café ...


... des semis à la récolte ...


... en passant par le listing des différentes variétés et de leurs propriétés organo-leptiques ...


... d'ailleurs nous récolterons ...


... nous gouterons les grains dans leur gaine ...


... nous "dégainerons" ...


... nous sècherons ...


... Luis Alejandro préparera l'infusion ...

... et nous dégusterons!